Le syndrome Kelly Schlacker

 

Je me devais de faire un article sur les surfeurs que l’on prénomme dans le jargon les Kelly Schlacker :).  En effet, la grande majorité des surfeurs (moi-même je l’ai fait…) réagit de la même manière lorsqu’on commence à « prendre du niveau », ou être moins mauvais (selon les points de vue).

 

 

Je pense que 90% des surfeurs qui ont réussi à passer le palier de la Mini-Malibu et des cours débutants ont le même mauvais réflexe après avoir réussi à se lever plusieurs fois correctement et à tourner (enfin ce qu’on s’imagine faire…) : celui de prendre une planche trop courte trop rapidement !

 

Mais la question qui se pose donc est POURQUOI ??? En effet, pourquoi se faire chier avec une planche sur laquelle on n’arrivera pas à se lever avant 6 mois ? La réponse est simple : le style. Encore une fois ce fameux style ! En effet, après avoir galéré à vous lever sur des bateaux, à devoir vous trimballer ces objets pesant une tonne sur la plage, sans grâce, sous le regard dédaigneux des autres surfeurs, vous avez envie de rejoindre la confrérie des surfeurs cools en short board 😀 !

 

On y ajoutera également le dogme du short board classique fin, étroit, et si possible avec un rocker bien prononcé, car même si cela change avec le retour à la mode des fish, longboards et autres planches hybrides, il faut l’avouer, ces planches restent toujours les plus appréciées (je me demande pourquoi d’ailleurs…).

 

Du coup, on se dit qu’il est temps de montrer qu’on sait se lever correctement et qu’on peut rejoindre « la cour des grands », donc on va s’acheter un bon short board, bien fin, bien étroit, et on est fier de se balader avec ! Bien sûr on ne sait pas ce qu’on a acheté : longueur, épaisseur, largeur, simple concave, double concave, rocker…autant de termes qu’on ne comprend pas au début et c’est bien normal ! On se fie aux copains (qui ont fait la même connerie) qui nous disent quelque chose du genre « pour toi une 6.2 c’est pas mal ». Lui, à coup sûr, ne travaillera jamais dans un shop de planches…

Alors on va dans un shop ou on regarde sur leboncoin, entre 6.0 et 6.4 (pas plus pas plus…), si possible une marque bien connue, histoire de montrer qu’on est un « bon surfer » maintenant. Le Graal reste la « Al Merrick », cette planche qui fait fantasmer plus d’un débutant en pleine apprentissage, et qu’on se promet d’avoir un jour, coute que coute !

 

De même concernant l’état de la planche, on ne remarque pas forcément les petits pets au début, les imperfections, si la planche est lourde ou non, si elle est déséquilibrée…Du coup, pour le vendeur qui nous a cerné, c’est JACKPOT !! Il peut te vendre une bonne vieille daube avec marqué al merrick dessus, te faire un rapide baratin, il sait que tu vas foncer ! En plus ce salaud a le culot de te dire : « elle est super facile à la rame, elle part toute seule »…Ben tiens donc, bizarre…Toi quand tu rames dessus t’as plutôt l’air d’un éléphant de mer à l’agonie mais bon…Lui se marre déjà quand il te voit repartir avec sa bouse sous le bras, sans leash et sans wax, et il t’imagine déjà en train de couler. Et le pire c’est qu’il a raison…

 

C’est là que le bât blesse. Ces boards sont tout simplement impossibles à surfer, à moins d’avoir un très bon niveau, plus une condition physique béton. Donc on ne prend pas de vagues, on galère à la rame, on est à deux doigts de la noyade, et si par hasard on arrive à en prendre une, on est comme un fou ! On s’imagine surfant comme Kelly, mettant des gros rollers et autres snaps. Mais en vrai, on dirait plutôt un éleveur de poney shetland en train de faire la danse du robot. ZERO souplesse, des bras qui partent dans un sens, le corps dans l’autre, et je ne parle même pas des jambes en mode crapeau…

Bref on se persuade que cette board est faite pour nous ! Après tout, on est bon maintenant ! C’est juste une histoire de sessions avant de maitriser la bête. Sauf qu’on voit des mecs à côté avec des boards aux contours plus généreux, plus grandes, glissant sur les vagues avec style et fluidité, et on se dit qu’on s’est fait avoir ! Ces mecs ont des planches pas si petites, larges, et épaisses, voire épaisse, et ils fracassent tout ! Ils donnent trois coups de rame et sont déjà sur la vague, se place toujours au bon endroit et mettent des manœuvres à la perfection tout en fluidité.

 

La vérité : à moins de faire 15 manœuvres par vague (ce qui n’est pas vraiment le cas les premiers mois), autant prendre une planche qui permet de prendre un maximum de vagues, afin de s’amuser avant tout, suivre la vague, et mettre quelque manœuvres, prendre de bons réflexes et au fur et à mesure, diminuer la taille, mais garder du volume pour ne pas perdre en portée. Ainsi privilégier un bon gros fish, un Wombat ou un Mini-Malibu pendant un certain moment avant de regarder des planches plus affutées.

Mais je devrais plutôt me taire. Car la vérité, c’est que je préfère voir des mecs avec des Al Merrick qui ne savent pas surfer et qui prennent 0 vagues, me laissant toutes les bombes, plutôt qu’un mec avec une planche plus grande et plus large, qui est sur toutes les vagues 😉

 

Donc continuez à acheter des boards impossibles à surfer  (je l’ai fait moi aussi, je vois pas pourquoi les autres s’en priveraient :p) et laissez-nous encore pendant quelques mois les vagues, avant de vous rendre compte de votre erreur et de retourner à quelque chose de plus agréable à surfer 🙂

 

 

crédit photo: romain poletti

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